Les avatars d’un livre

Lors de mon arrivée à La Rochelle en 2002, je tombe en arrêt devant cette magnifique girafe trônant dans l’escalier monumental du Muséum d’Histoire naturelle. Le cartel affirme qu’il s’agit de la « Girafe du Roi ». Je connais cette histoire… À l’été 1998, un journaliste du Monde a écrit que la dépouille naturalisée de notre héroïne nationale avait disparu dans le bombardement du Muséum de Caen. Alors, qui a raison ? Après une longue recherche dans les archives, confirmée par la correspondance du conservateur rochelais Etienne Loppé et une comparaison entre une gravure de l’époque et la dépouille rochelaise, j’ai pu conclure que Zarafa se trouve bien désormais à La Rochelle.

Passionné par le sujet, je propose une exposition au Muséum national d’Histoire naturelle. Paris me dit oui ! En 2005, je me lance dans de longs mois de recherches et de contacts auprès de divers musées publics et privés de l’Hexagone. La grande expo est prévue pour juin 2006. Mais soudain, catastrophe : suite à des coupes-sombres dans le budget du Muséum national, notre événement est purement et simplement annulé ! Intense frustation… Que faire de cette masse de documentation ? Je décide alors d’en faire un livre – un beau-livre, richement illustré.

Certes, le français Dardaud en 1984 et l’américain Allin en 1998 ont déjà publié sur le sujet.  Mais aucun livre n’a encore rendu grâce aux effets de la véritable girafomania que Zarafa déclencha dans le second quart du XIXe siècle. Le peuple s’appropria ce cadeau destiné à un roi par un pacha. Promenée en triomphe de Marseille à Paris, telle une vivante icône publicitaire, la girafe vit alors son image se démultiplier sur toutes sortes de supports, à deux ou trois dimensions.

Par l’extravagance de ses formes et l’amabilité de son caractère, Zarafa devint objet de fantasmes. Chacun projeta ses plus pressantes préoccupations sur cet animal insolite: scientifiques, religieux, marchands, politiciens, artistes… Le résultat fut une extraordinaire moisson de littérature, d’iconographie et d’artefacts, selon une chronologie qui dessine la courbe de cette fièvre girafique.

Mon ambition était de créer sur papier le musée qui reste à bâtir en hommage à cette orpheline égyptienne devenue reine de France malgré elle, pendant vingt ans et pour la postérité. Publié en 2006 par les éditions Arléa, Les Avatars de Zarafa est salué par une presse nombreuse.

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