Zarafa et la Tour Eiffel

Décrit par son fils Jean-Marie Aynaud comme un humaniste, amateur d’art au flair étonnant et « imagier » passionné, Adolphe AYNAUD (1887-1971) a rassemblé au cours de sa vie une splendide collection iconographique concernant Zarafa. Dans la « chronique biographique » consacrée à son père, Jean-Marie reproduit l’allocution prononcée par son père au 1er étage de la Tour Eiffel le 16 mai 1959, à l’occasion du 60e anniversaire de la Société du Vieux Papier.

« Le XIXe siècle a été marqué par deux événements importants, événements au sommet… qui ont rallié l’humanité et l’enthousiasme des parisiens : c’est, en 1827, l’arrivée de la première Girafe, et, en 1889, la naissance de la Tour EIFFEL. Malgré la douzaine de lustres qui sépare ces deux faits, ils sont, pour nous mettre à la page, interdépendants ! En effet lorsqu’après bien des disputes autour d’emplacements possibles (place du Trocadéro ou ailleurs) on décida que la Tour, la grande attraction envisagée pour l’exposition, s’élèverait au Champ de Mars, face au feu Trocadéro, EIFFEL s’ingénia à doter ce champ de manœuvre, qui était alors une vaste garenne, d’un monument s’harmonisant à cette espèce de désert. Est-ce par esthétique personnelle ou inconsciemment par réminiscence de l’ancienne pensionnaire du Jardin des Plantes ou encore par un effet de métempsycose, qui sait ? Aucun de ses biographes ne s’est penché sur ce problème de genèse. En tout cas, la Tour une fois terminée, venait synthétiser la faune du désert : la Girafe aux quatre pieds dans le sable et au long cou attiré vers le ciel, la nuit vers les étoiles.

Lorsque je présentai, il y a quelques années, la Girafe à la télévision, le speaker, Monsieur DEMAGNY, me demanda la raison de ma sympathie pour cet animal. Je lui expliquai que mon amour des bêtes m’avait fait constater que la plus pacifique était la girafe par son accoutumance à voir les choses de haut et de loin. Eh bien il en est de même pour la Tour. Son cerveau haut placé ne cesse de capter des voix vraies ou fausses… et le réseau d’ondes qui l’enveloppe lui confère un halo mystérieux qui lui attire la ferveur des poètes, des peintres et des savants. Mais toutes deux, malgré leur sérénité, sont impuissantes, hélas, à conjurer les calamités qu’elles peuvent apercevoir à l’horizon. Mon admiration de la grandeur, rassurez-vous, s’arrêtera au XIXe siècle et à cette IIIe République, qui aida Gustave EIFFEL envers et contre tous à doter la France d’un monument devenu la curiosité du monde entier. EIFFEL, comme tous les génies, n’épousa son époque qui était encore à la pierre, mais dépassa son époque ; comme ses contemporains maudits VERLAINE, GAUGIN, VAN GOGH, RENOIR, etc… qui sont aussi pour une grande part aujourd’hui la gloire de la France. Comme l’a dit VALÉRY : « Le génie, c’est l’opposition. » »

(Source : ADOLPHE AYNAUD (1887-1971), Autodidacte, amateur d’art et collectionneur, Chronique biographique réalisée par son fils Jean-Marie AYNAUD, document privé, février 2006.)

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