Le radius de géant

Le 1er septembre 1762, DAUBENTON (1716-1800) lit son « Mémoire sur des os et des dents remarquables par leur grandeur » à l’Académie des Sciences. Il s’attaque dans un premier temps aux croyances de l’époque : « la plupart de ces ossements ont passé pour des os de géants aux yeux des spectateurs qui se livrent sans réserve à leur goût du merveilleux… ».

Il commence par les os du proboscidien du Cabinet (d’où vient le nom de mammouth). Ces pièces ne posent pas trop de problèmes d’identification, puisqu’il suffit, en somme, de les comparer avec un squelette d’éléphant, dont DAUBENTON dispose. Mais encore faut-il avoir la détermination de le faire !

DAUBENTON poursuit sa démonstration en prenant pour exemple un spécimen du Cabinet du Roy, un os considéré comme un tibia de géant, anciennement propriété de Gaston d’ORLEANS puis de LOUIS XIV et enfin de LOUIS XV. La marquise de POMPADOUR, selon la légende, tenait beaucoup à ce que cet os fût d’un géant. « … cet os paraissait avoir quelque rapport avec un tibia : en effet, il (en) aurait bien l’apparence (…) si on ne l’examinait avec toute l’attention que demandent les détails de l’ostéologie, pour distinguer chaque os en particulier dans les différentes espèces animales. » Il poursuit sa démonstration et pose alors le principe de l’anatomie comparée : « Trouver à quelle espèce, ou au moins à quel genre d’animaux appartient un os isolé et inconnu, c’est une sorte de problème qu’on peut espérer de résoudre après avoir fait des observations sur une suite de squelettes aussi nombreuse que celle qui est au Cabinet du Roi (…) ». « J’ai réussi au-delà de mes espérances ; car je puis déterminer de quelle espèce était l’animal auquel cet os a appartenu, quoique je n’aie jamais vu d’animaux de cette espèce ni aucun de leur os. »

DAUBENTON montre en effet qu’il s’agit d’un radius de girafe par comparaison externe avec d’autres quadrupèdes dont il a les os. Cela, joint à la haute taille, donne un « portrait-robot » auquel ne peut guère correspondre que la girafe. A ses détracteurs, il répond que les indications de l’anatomie comparée la désignent de manière si forte que, si l’on voulait qu’il s’agisse d’un autre animal, c’est cette proposition-là qui serait à démontrer. Il lui sera donné de constater lui-même, trente-trois ans plus tard, qu’il ne s’était pas trompé. En 1795, les armées de la République ayant envahi la Hollande, le cabinet d’histoire naturelle du gouverneur général est envoyé à Paris. Il comporte un squelette de girafe. Le naturaliste français Geoffroy SAINT-HILAIRE rapporte en 1840 que DAUBENTON encourut la disgrâce de la marquise de POMPADOUR pour avoir mis fin à la légende des géants !

(Source : dossier de presse Tricentenaire de Daubenton, Ville de Montbard, 2016)

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